Les 6 lois de la Gestalt

les 6 lois de la gestalt

Bonjour à toi ! Tu connais les 6 lois de la Gestalt ?

‘lut. Non.

Eh bien, c’est la pêche ! Bon, je ne perds pas de temps car on a plusieurs choses à voir aujourd’hui concernant un sujet dense mais si intéressant : la Gestalt ou la psychologie de la forme !

Ého mais qu’est-ce que tu racontes ? Psychologie de la forme ? Gesta-jesaispasquoi ? Pourquoi ça m’intéresserait ? J’ai pas la tête à ça. Et puis à la base, ce blog parle de design graphique, non ?

J’y arrive, les applications de ce que je vais t’expliquer sont multiples et essentielles. Surtout pour le design graphique et la communication visuelle, mais pas uniquement. 

Ouais, vu comme ça.

Exactement, tout est une question de vision, tu vas voir !

« L’arbre pensé » d’Edmund Husserl – Crédit photo : Daniel Rodet

théorie de la gestalt ou psychologie de la forme

La Gestalt, c’est quoi ?

Alors avant de parler de ce que sont les 6 lois de la Gestalt, qu’est-ce que la Gestalt ? Grande question, qui possède plusieurs réponses. Nous allons principalement nous concentrer sur son approche liée aux visuels, aux vues. Elle est aussi un terme en psychothérapie, avec la Gestalt thérapie mais c’est une autre histoire.

Premier principe

Dans la définition, la théorie de la Gestalt part du principe que notre cerveau traite ce qu’il voit comme un tout et non comme une juxtaposition d’éléments séparés. Par exemple, regardez un banc, vous verrez un banc et non pas : des planches en bois, des tiges en métal, des vis, des écrous séparément (coucou Michael Scofield)

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Deuxième principe

Un autre principe essentiel est qu’un tout est différent de la somme de ses éléments. En clair, en créant un tout à partir de différents éléments, nous allons lui donner un sens particulier. En fonction de ce tout mais aussi en fonction du contexte et de sa représentation. On parle de la gestalt de ce tout.

Par exemple, une table est déjà un ensemble d’éléments. Mais si on lui ajoute une nappe et des couverts, sa gestalt va devenir plus précise à nos yeux. Elle passera de « table » à « table pour le repas ». Idem, si vous y mettez une lampe et des classeurs, cette « table » devient un « bureau ». On dit alors qu’elle change de gestalt.

Troisième principe

Enfin, un troisième principe essentiel est que chaque élément composant un ensemble aura une incidence autre que lorsqu’ils étaient isolés les uns des autres. La différence principale venant des interactions que ces éléments ont les uns avec les autres et qui les rendent chacun unique. Être nu sous la douche ou dans la rue n’aura pas le même effet pour les autres, je vous le garantie !

Ainsi, comprendre une situation ou un comportement demande souvent de comprendre le contexte global en premier lieu pour aller vers les détails et mieux saisir leurs sens et origines. On appelle ça une analyse top-down (du plus global au plus précis).

L’EXEMPLE DE JEAN-PAUL SARTRE

Jean-Paul Sartre également curieux de la question, à proposer une mise en situation pour mieux saisir les tenants et aboutissants du sujet :

J'ai rendez-vous avec Pierre à quatre heures. J'arrive en retard d'un quart d'heure : Pierre est toujours exact ; m'aura-t-il attendu ? Je regarde la salle, les consommateurs, et je dis : "Il n'est pas là." (...) "J'ai tout de suite vu qu'il n'était pas là"...


Il est certain que le café, par soi-même, avec ses consommateurs, ses tables, ses banquettes, ses glaces, sa lumière, son atmosphère enfumée, et les bruits de voix, de soucoupes heurtées, de pas qui le remplissent, est un plein d'être. Et toutes les intuitions de détail que je puis avoir sont remplies par ces odeurs, ces sons, ces couleurs... Mais il faut observer que, dans la perception, il y a toujours constitution d'une forme sur un fond. Aucun objet, aucun groupe d'objets n'est spécialement désigné pour s'organiser en fond ou en forme : tout dépend de la direction de mon attention.

 

Lorsque j'entre dans le café, pour y chercher Pierre, il se fait une organisation synthétique de tous les objets du café en fond sur quoi Pierre est donné comme devant paraître... Chaque élément de la pièce, personne, table, chaise, tente de s'isoler, de s'enlever sur le fond constitué par la totalité des autres objets et retombe dans l'indifférenciation de ce fond, il se dilue dans ce fond. Car le fond est ce qui n'est vu que par surcroît, ce qui est l'objet d'une attention purement marginale.

 

Je suis témoin de l'évanouissement successif de tous les objets que je regarde, en particulier des visages, qui me retiennent un instant ("Si c'était Pierre ?") et qui se décomposent aussi précisément parce qu'ils "ne sont pas" le visage de Pierre. Si, toutefois, je découvrais enfin Pierre, mon intuition serait remplie par un élément solide, je serais soudain fasciné par son visage et tout le café s'organiserait autour de lui, en présence discrète.

Aux origines, en Allemagne

Gestalt signifie à la base forme en allemand. Pourquoi en allemand ? Eh bien car la théorisation de la forme a été largement développée par des allemands. Mais le mot va aujourd’hui plus loin que son sens initial et a été démocratisé dans de nombreux pays, comme la France, la Russie ou encore le Japon. Le terme de gestalt désigne maintenant une forme structurée, complète, prenant sens pour celui qui la voit.

La théorisation des formes viendrait des idées de Goethe au début du XIXème siècle.

Mais elles se précisent davantage durant le XXème siècle grâce aux travaux de Christian von Ehrenfels qui théorise les formes en 1890 et parle de notre aptitude à regrouper les éléments que l’on voit en tout, pour en facilité la lecture et l’interprétation. Ehrenfels est alors le premier à utiliser le terme de gestalt de cette façon.

Pour se faire comprendre, il compare cela à la façon dont nous  percevons une musique : à travers sa mélodie, son ensemble et non comme une succession de notes isolées.

christian von ehrenfels théorie gestalt

Christian von Ehrenfels
Crédit photo : Alchetron

Naissance des lois

Ces prémices seront développés durant le XXème siècle par les trois fondateurs de la théorie, Max Wertheimer, Wolfgang Köhler et Kurt Koffka. Ils sont les pionniers du groupe de Berlin sur la psychologie de la forme dans les années 1920. C’est en se développant que des règles plus claires et fixes seront définies pour aboutir au sujet de l’article : les 6 lois de la Gestalt.

Dès lors la gestalt et ses propriétés vont être étudiées dans de nombreux domaines, notamment dans les sciences comportementales.

Crédit photo : Christian Perner

les 6 lois de la gestalt et ses applications

Mais alors, Et le design graphique dans tout ça ?

Le design graphique lui n’est pas en reste. Car de ces principes, abstraits à première vue, ressortent de nombreuses informations sur la façon dont nous percevons et « lisons » notre environnement. En effet, la structuration que nous appliquons à ce que nous voyons n’est pas le fruit du hasard mais bien le résultat d’une série de lois « naturelles » et qui s’imposent à nous. 

Je vais vous présenter les 6 lois de la Gestalt (il en existe plus mais ce sont les principales), avec des exemples d’applications pour vous aider à rendre cela plus concret.  

1. LOI DE PRÉGNANCE

La loi de prégnance, dite aussi de bonne forme ou de simplicité est la loi qui englobe toutes les autres : au départ, nos yeux recherchent des ensembles compréhensibles et se structurant facilement. Peu importe que cela soit la réalité ou pas, notre cerveau va chercher à interpréter chaque ensemble le plus simplement possible.

Mais qu’est-ce qui rend un ensemble simple à interpréter selon notre cerveau ? Son niveau de détail et sa similitude avec ce qu’il connaît mais également toutes les autres lois que je vais vous citer.

loi de prégnance gestalt
Les figures fond-forme

Dans une situation où les éléments sont visuellement ambigus, notre cerveau va aller au plus simple et au plus familier. Un des exemples les plus connus est le vase de Rubin, faisant alterner notre lecture et notre compréhension des formes en fonction de là où se pose notre œil. Ces ensembles sont nommés des figures fond-forme

Une autre application récurrente de cette loi est la faculté qu’a notre cerveau de reconstituer des visages humains dans des formes abstraites (écorce d’arbre, nuages, etc). Et c’est là une information essentielle pour tout communicant : pour créer de l’empathie, montrez de la vie et des visages !

arbre pregnance gestalt

Crédit photo : Pikist

Logo du Bauhaus,
école d’architecture et d’arts appliqués de renom à Weimar

Crédit photo : Wikipédia

2. Loi de continuité

La loi de continuité nous explique que nous associons des éléments séparés suivant et formant un tracé comme un tout.

Bon, pour ce genre de définition, je sais qu’un exemple vaut mieux que mille mots : je vous ai mis une série d’images avec un même tracé, composé de tâches noires. Mais j’ai fait varier la taille de ces tâches tout en gardant la proportion de la distance les séparant, pour voir comment notre cerveau réagit en fonction de chaque image.

Prêt ?

1 de contour

loi de continuite les 6 lois de la gestalt

3 de contour

5 de contour

7 de contour

9 de contour

11 de contour

Explicite, n’est-ce pas ? Jusqu’à un certain stade nos yeux arrivent à recréer le tracé originellement décrit par les tâches, mais jusqu’à un certain stade « seulement ». 

😉 

Oh, d’ailleurs les smileys en caractère comme celui-ci suivent la loi de prégnance (ces lois sont partout !)

3. Loi de proximité

Ah, la loi de proximité. Une des lois préférées des webdesigners et pour bien des raisons. Elle stipule que nous cherchons à regrouper en premier lieu les éléments les plus proches les uns des autres. Cela afin de former des « packs » d’éléments pour pouvoir lire notre environnement plus rapidement et facilement. Et heureusement, d’ailleurs.

Le logo IBM par exemple applique cette règle à la lettre. Étant composé uniquement de lignes bleues, seule la rigueur de leur placement et de leur longueur nous permet de nous concentrer sur la forme qu’elles dessinent : les lettres I, B et M.

loi de proximite les 6 lois de la gestalt
logo ibm gestalt

Logo IBM

Ces exemples sont multiples, notamment vis-à-vis des situations comportant beaucoup d’éléments à structurer. Un site internet ou une affiche de festival. Dans ce qui suit, j’ai utilisé deux existants et encadré en rose les « packs » d’éléments détectés. 

adobe accueil
hiphopfestival proximite 3

Crédit photo : page d’accueil du site d’Adobe (en haut), affiche du Paris Hip-Hop Festival de 2017 (en bas)

4. Loi de similitude
La loi de similitude : si le placement d’éléments ne permet pas de structurer suffisamment l’ensemble, l’apparence de ces éléments pourra nous aider à détecter la bonne forme. Couleur, forme, taille : ces caractéristiques s’ajoutent aux principes de la loi de la proximité (celle d’avant).
loi de similitude gestalt

Crédit photo : MagicPattern

J’ai repris l’affiche qui me servait d’exemple en découpant davantage les « packs » d’éléments, en fonction de leurs similitudes, justement.

hiphopfestival similitude

Crédit photo : page d’accueil du site d’Adobe (en haut), affiche du Paris Hip-Hop Festival de 2017 (en bas)

5. Loi de clôture

La cinquième loi de cet article, la loi de clôture, est notamment utilisée dans les logos.

En effet, elle joue sur notre faculté à compléter, clôturer des formes au tracé manquant, selon notre cerveau bien sûr. Et un logo est d’autant plus efficace et mémorisable lorsqu’il arrive à produire un effet de ce type dans le cerveau de celui qui le voit.

Tenez, sur la droite, vous voyez le triangle blanc ? Eh bien comme vous l’avez immédiatement remarqué, il n’existe pas réellement (oui, je sais ça fait un choc).

On peut dire que notre cerveau aimer jouer avec ce qu’on lui donne !

loi de cloture les 6 lois de la gestalt
La loi des logos ?

Le logo du WWF et du groupe Carrefour en sont les exemples les plus connus. Le blanc du panda faisant parti du fond, ce logo n’est en faite que l’assemblement de cinq formes noires (corps/bouche/oreille droite, les yeux, la truffe et l’autre oreille). De même pour Carrefour, leur logo offrant un excellent exemple de loi de clôture, plus difficile à lire au premier coup d’œil que celui du WWF.

logo wwf les 6 lois de la gestalt

Logo de WWF – Crédit photo : WWF France

logo carrefour les 6 lois de la gestalt

Logo de Carrefour – Crédit photo : Carrefour France

6. Loi du destin commun

Nous voilà à la dernière des 6 lois de la Gestalt : vous êtes toujours là ? La loi du destin commun est assez badass dans le nom mais je vous rassure, très simple à comprendre.

Elle dit que si des éléments (ici, des triangles) sont en mouvement ou semble l’indiquer, alors les éléments suivant le même mouvement dans l’espace font partis d’un même ensemble

Un peu barbare dit comme ça mais l’exemple exprime parfaitement cette idée : nous allons associer ensemble les triangles orientés dans le même sens.

Son application se retrouve notamment dans les menus déroulants des sites internet. Testez sur le menu de mon site (sans cliquer pour ne pas quitter l’article bien sûr) : « Blog » > « Codes graphiques ».

Vous voyez que le menu se déroule d’abord à l’horizontal puis à la vertical. Les autres éléments déroulants suivent ce même schéma. Cela vous permet d’en déduire les différents niveaux du menu qui propose des mouvements communs et donc un « destin commun ».

loi du destin commun les 6 lois de la gestalt

c'est beau la psychologie mais… et l'art ?

Vous connaissez à présent les 6 lois de la Gestalt. Du moins les 6 principales car oui, il en existe d’autres. Mais nous verrons ça une autre fois. Si toutefois, tu souhaites en savoir plus sur mon travail, je t’invite à aller jeter un œil à mon portfolio, avec une mise en page qui respecte la loi de proximité et de similitude, tout en respectant la bonne forme ! Haha, désolé.

Quoiqu’il en soit, merci pour ton assiduité, j’espère que cet article t’auras été utile et que tu as pris autant de plaisir à le lire que moi de l’écrire.

Je te souhaite une bonne journée, on se voit au prochain article !

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